« Ici, tout le monde tousse », le témoignage choc de Nadia et Ouafila, habitantes au Foyer Schaerbekois

Cela fait des années que les autorités communales refusent d’investir dans le logement social à Schaerbeek. Et les locataires en souffrent. Voici le témoignage de Nadia et Ouafila, habitantes au Foyer schaerbeekois dans le quartier Helmet.

Avec sa famille de trois enfants, Ouafila a emménagé en 2003 dans l'immeuble. Elle avait dû attendre pas moins de 10 ans pour obtenir un logement social avec trois chambres – au demeurant très petites. Effarée en découvrant un appartement tout noir de taches d'humidité, elle a fait part de sa consternation au Foyer Schaerbeekois. On lui a répondu : « Ce n'est pas de l'humidité mais de la condensation. C'est parce que l'ancien locataire n'aérait pas. » Et, en sus : « De toute façon, si vous refusez, vous serez radiée de la liste. » Pas le choix, donc.

« De toute façon, si vous refusez, vous serez radiée de la liste. »

Ouafila et sa famille habitent au 3e et dernier étage, sous le grenier. Un jour, incommodés par une puanteur de plus en plus forte, ils sont allés examiner le grenier : il y avait des cadavres de pigeons en décomposition sur le sol. En effet, les oiseaux peuvent s'y introduire par... les trous dans la toiture vétuste. Ouafila a à nouveau exposé le problème au Foyer schaerbeekois, où il lui a été rétorqué : « Eh bien, prenez un chat pour attraper les pigeons ! » Et, bien sûr, la toiture percée ne fournit pas que des pigeons : la pluie formant des flaques sur le plancher du grenier, l'eau s'infiltre dans l'appartement du dessous. Ouafila a donc tenté de limiter les dégâts en étendant une grande bâche sur le sol du grenier.

« Eh bien, prenez un chat pour attraper les pigeons ! »

Quant à la cabine de douche et à la toilette, elles se situent dans un réduit, quasiment dans la cuisine. La proximité de la toilette qui ouvre immédiatement dans la cuisine est très désagréable. Mais, en plus, c'est un lieu où il n'y a pas de chauffage – l'immeuble n'ayant en effet pas de chauffage central. Alors, Ouafila allume et ouvre le four quand les enfants se lavent ­­– « et quand quelqu'un prend sa douche, impossible bien sûr d'aller à la toilette », souligne-t-elle. Tout le monde prend sa douche le soir parce que, « le matin, ce n'est pas possible de commencer à tout chauffer ». De plus, cette douche est en mauvais état : la voisine du dessous est venue dire que de l'eau coulait chez elle, et ils ont découvert que le dessous de la douche fuyait.

« Que ces décideurs du Foyer schaerbeekois et des logements sociaux viennent passer un jour ici »

Certes, en 2018, le Foyer schaerbeekois a placé de nouveaux châssis chez Ouafila. Mais le toit n'étant pas réparé au préalable, cela ne résout pas les problèmes d'humidité. Les moisissures restent omniprésentes, y compris juste à côté des lits des enfants. Son fils a des problèmes respiratoires et des allergies. Quant à elle, elle souffre de problèmes cardiaques et se passerait bien de tous ces soucis. « J'en ai vraiment assez, raconte-t-elle. Vous savez, par exemple, pendant un an, je n'ai pas eu d'eau chaude, parce que celle-ci n'arrivait plus jusqu'au 3e étage. Pour tout ça, on paie quand même 800 euros par mois ! Sans compter la facture annuelle de 1400 euros pour l'électricité. » Ouafila est aussi très attristée du fait que sa fille de 20 ans n'ose pas inviter ses copines chez elle. « Je veux autre chose, lance-t-elle. Avant tout pour mes enfants, pour qu'ils puissent comme les autres inviter des copains et copines chez eux. Que ces décideurs du Foyer schaerbeekois et des logements sociaux viennent passer un jour ici – et surtout y dormir une nuit ­–, ils verront ce que c'est ! »

« A chaque fois on me répond que le parc de logements est saturé. »

Nadia, elle, habite au 1er étage. Elle est arrivée dans l'immeuble en 2008, après avoir été sur la liste d'attente pour un logement social pendant quatre ans. Nadia est une maman qui élève seule ses deux enfants : un garçon de 12 ans et un autre, âgé de 10 ans, qui est autiste. Elle aussi a découvert des murs tout noirs d'humidité en emménageant. « Ici, tout le monde tousse. Mon fils a fini par avoir un abcès cérébral à cause d'une sinusite chronique. Le médecin a fait un papier pour certifier qu'il lui faut un logement adapté. Mais bon, ça n'a servi à rien, puisqu'il n'y a rien d'autre de disponible. » Toutes les mères de famille monoparentale connaissent parfaitement la dose de courage qu'il faut pour garder la barque familiale à flot. Quant aux mères d'enfants autistes ou porteurs de handicap, ce sont carrément des héroïnes du quotidien. Nadia est de celles-là. Elle a toujours fait face, et s'est arrangée pour rendre son logement le plus fonctionnel et coquet possible – elle repeint régulièrement, toute seule. Là, pourtant, elle flanche : « Je n'en peux plus, je veux partir ! Je voudrais juste un appartement correct, avec une salle de bain et la chauffage central. Mais c'est impossible d'envisager un déménagement, à chaque fois on me répond que le parc de logements est saturé. »

Quant à la promesse de rénovation, comme Nadia et les autres locataires, Ouafila est indignée : « Depuis qu'on est ici, on nous dit que ça va être rénové. On nous promet ça à chaque réunion annuelle des habitants du Foyer schaerbeekois à Helmet. L'année passé, on nous a certifié que ce serait pour 2021. Et maintenant, on nous a informés que les travaux ne pourraient pas commencer avant 2024 !!! »

Voir aussi notre reportage réalisé en 2017 :


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