BM&S :: Le piquet de grève ne cède pas

Le 21 août, les travailleurs de BM&S, une sous-traitance de nettoyage de la SNCB, décident de faire grève. Ce mercredi 3 septembre, des combis de police ont dû faire demi-tour, sous la pression des travailleurs et de leurs soutiens. Cette grève révèle plusieurs choses. Dont une atteinte aux droits démocratiques très grave.

Outre les conditions de travail déplorables (voir notre article du 22 août ici), c’est le licenciement de deux délégués syndicaux qui a mis le feu aux poudres. La direction les accuse de faits de corruption alors que ce sont eux, au contraire, qui ont dénoncé de tels faits.

Si, depuis le début de leur combat, ils ne sont pas seuls (plusieurs délégations sont venues les soutenir au piquet, des travailleurs et délégués cheminots, des administrations locales et régionales (ALR), mais aussi d’autres sous-traitances de nettoyage), ils ont fort à faire avec la justice. Ce mardi 2 septembre, un tribunal a condamné la Ville de Bruxelles à une astreinte de 10 000 euros par jour si sa police ne cassait pas une grève. Ce tribunal avait rendu une première ordonnance imposant la levée du piquet de grève. Mais la police n’a pas procédé au contrôle de l’identité des grévistes, comme cela arrive parfois dans de tels cas.

Départ de la police, lassée

Les travailleurs en grève et leurs soutiens ont passé une matinée originale. Des travailleurs présents sur place racontent les événements de ce mercredi matin : « Le piquet de grève a bloqué l’arrivée de plusieurs nouveaux intérimaires envoyés par la direction de BM&S pour contourner la grève. La police est arrivée en masse avec quatre combis et environ quarante agents. Les agents ont voulu procéder à un contrôle d’identité en compagnie d’un huissier. Les ouvriers ont refusé de présenter leurs cartes d’identité. Alors, la police a écarté un travailleur, puis un autre, mais les grévistes emmenés à l’écart étaient immédiatement remplacés par d’autres qui venaient prendre leur place.

La police a ensuite formé un cordon pour repousser les ouvriers en grève hors de la route jusqu’à libérer le passage pour les nouveaux intérimaires. En réponse à ce cordon policier, les grévistes se sont lentement divisés en plusieurs petits groupes, chacun contournant le cordon dans une direction différente afin de bloquer toujours l’accès au site. Les grévistes ont aussi tenté de sensibiliser les nouveaux intérimaires à leur cause. Finalement, la police a formé un rang protecteur en séparant les ouvriers en grève et les nouveaux intérimaires dans le but de conduire ces derniers vers le site de travail tout en empêchant les grévistes de les suivre. Mais ce blocus a rapidement été déjoué par les travailleurs en lutte : les ouvriers sous contrat CDI (Contrat à durée indéterminée, NdlR) ont revendiqué leur droit de se rendre sur leur lieu de travail et ont mis au défi les policiers de jouer les piquets de grève à leur encontre. L’ironie de la situation n’a pas échappé aux policiers qui ont lâché prise et se sont retirés. Les nouveaux intérimaires ont également quitté le site, refusant de se rendre sur les lieux de travail. »

« C’est une belle victoire des travailleurs en lutte, s’est réjouit Youssef Handichi, député régional PTB et présent sur place. Mais on sait que la police risque de revenir les prochains jours. D’où l’importance d’être présent aux côtés des grévistes. L’un des délégués licenciés l’a d’ailleurs demandé encore aujourd’hui :“Venez nous soutenir, car c’est un combat pas seulement pour nous mais pour tous les travailleurs en Belgique !” »

Nouvelle attaque contre le droit de grève

Marco Van Hees, député fédéral du PTB, a dénoncé les derniers événements : « Des juges qui menacent la police, cela devient vraiment inquiétant. Une telle ordonnance est un précédent très dangereux. Depuis des années, le PTB dénonce l’immixtion des tribunaux dans les grèves, contraire aux principes du droit social et portant atteinte à un droit fondamental, celui de faire grève. Mais ici, on passe à un stade supérieur : la justice menace d’astreintes la police à travers l’autorité communale. Des juges qui menacent la police, cela devient vraiment inquiétant. Les droits démocratiques et le principe de la séparation des pouvoirs sont sérieusement bafoués. »

Ces dernières semaines ont été marquées par des annonces de la future coalition de droite qui inquiètent le monde du travail. Comme l’idée d’instaurer un service minimum. Une idée qui cache une attaque plus générale contre le droit de grève lui-même (lire notre article sur le sujet ici). Pour le député fédéral PTB, ce n’est donc pas un hasard si cette escalade antidémocratique arrive maintenant : « Il semble que dans le contexte actuel, certains magistrats se sentent soutenus pour accroître la répression des mouvements sociaux. C’est sûr que les politiques antisociales qui se mettent en place ne manqueront pas d’occasionner des ripostes des travailleurs et que les courants politiques de droite entendent prendre des mesures pour casser ces mouvements. C’est ainsi qu’il faut comprendre, par exemple, la volonté de la future coalition de droite d’imposer un service minimum dans les services publics. »

Si les travailleurs en grèves peuvent compter sur le soutien d’autres délégations syndicales, des militants du PTB se rendent quotidiennement au piquet aussi. Preuve, comme le rappelle Marco Van Hees, que « le PTB combattra avec la même vigueur les plans d’austérité que les mesures antidémocratiques visant à empêcher les travailleurs de s’opposer à ces plans. On se souvient que dans la Grande-Bretagne de la tristement célèbre Margaret Thatcher, la politique néolibérale était allée de pair avec une stratégie pour briser les syndicats ».

 

 

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